Publié le 11 min de lecture
Étapes du deuil : faut-il vraiment passer par 5 ou 7 phases ?
Déni, colère, marchandage, tristesse, acceptation : les “étapes du deuil” sont très populaires, mais elles ne décrivent pas un parcours obligatoire ni linéaire. Voici des repères plus nuancés.

Lorsqu'une personne cherche les étapes du deuil, elle rencontre souvent une liste :
- déni ;
- colère ;
- marchandage ;
- dépression ou tristesse ;
- acceptation.
Certaines versions parlent de sept étapes.
Ce modèle est extrêmement connu.
Mais il ne faut pas le présenter comme un calendrier que toute personne endeuillée devrait suivre dans cet ordre.
D'où viennent les cinq étapes du deuil ?
Les cinq étapes sont associées au travail d'Elisabeth Kübler-Ross.
Le modèle a ensuite été largement repris pour décrire le deuil après un décès.
Avec le temps, cette présentation est devenue beaucoup plus prescriptive qu'elle ne devrait l'être.
Une analyse critique publiée en 2021 montre que de nombreux sites présentent encore les étapes comme un processus établi et universel.
Les auteurs recommandent au contraire de rappeler les limites du modèle.
Les cinq étapes
On retrouve généralement :
- déni ;
- colère ;
- marchandage ;
- tristesse ou dépression ;
- acceptation.
Ces mots peuvent parfois aider quelqu'un à nommer une expérience.
Ils ne permettent pas de prévoir :
- ce que la personne ressentira ;
- dans quel ordre ;
- pendant combien de temps ;
- si toutes les réactions apparaîtront.
Et les sept étapes du deuil ?
Les listes à sept étapes sont des variantes populaires du même principe.
Il n'existe pas une version officielle scientifiquement établie en sept phases que toutes les personnes doivent traverser.
On peut ne jamais ressentir certaines "étapes"
Une personne peut :
- accepter très tôt la réalité du décès tout en souffrant énormément ;
- ressentir de la colère puis ne plus en ressentir ;
- connaître du soulagement après une longue maladie ;
- rire avec des proches puis être bouleversée quelques heures plus tard ;
- reprendre son travail tout en ressentant encore un manque profond.
Aucune de ces réactions ne prouve qu'elle "saute une étape".
Le deuil n'est pas forcément linéaire
Une autre manière de comprendre le deuil consiste à observer que l'attention peut osciller entre :
La perte
Moments centrés sur :
- manque ;
- souvenirs ;
- tristesse ;
- relation avec la personne décédée.
La restauration
Moments consacrés à :
- tâches quotidiennes ;
- démarches ;
- travail ;
- nouvelles responsabilités ;
- activités ;
- organisation de la vie sans la personne décédée.
Une revue systématique du Dual Process Model retrouve un soutien empirique à cette manière plus dynamique de représenter l'adaptation au deuil.
Ce modèle reste lui aussi un cadre théorique.
Il ne doit pas devenir une nouvelle succession obligatoire.
Est-ce normal d'aller bien pendant quelques heures ou quelques jours ?
Oui.
Une période plus légère ne signifie pas :
- que la personne est oubliée ;
- que le deuil est terminé ;
- que l'on n'aimait pas suffisamment le défunt.
Le besoin de pauses par rapport à la douleur fait partie des expériences décrites dans les modèles contemporains du coping au deuil.
Pourquoi certaines dates font-elles revenir des émotions ?
Anniversaires, fêtes ou lieux peuvent rappeler fortement la personne disparue.
Une émotion plus intense autour d'une date ne signifie pas :
vous êtes revenu à l'étape précédente.
Le langage des étapes devient justement trompeur lorsqu'il transforme chaque variation en progression ou régression.
Combien de temps dure chaque étape ?
Aucune durée fiable ne peut être donnée parce que les étapes ne sont pas des périodes obligatoires.
Que signifie "accepter" un décès ?
Accepter ne signifie pas :
- être d'accord avec la mort ;
- ne plus être triste ;
- ne plus penser à la personne ;
- ne plus conserver de lien symbolique.
Dans un sens plus simple, il peut s'agir de pouvoir progressivement vivre avec la réalité que la personne est décédée.
Peut-on continuer à garder un lien avec la personne décédée ?
Oui.
Souvenirs, photos, objets, récits ou rituels peuvent rester présents.
L'objectif d'un deuil n'est pas nécessairement :
détachement complet.
Ne pas prescrire non plus la conservation de tous les objets ou souvenirs.
Chacun peut construire une relation différente à la mémoire.
Voir aussi : Faire son deuil après le décès d'un proche
Quand l'intensité du deuil mérite-t-elle une évaluation ?
Un deuil douloureux n'est pas automatiquement pathologique.
Mais lorsqu'une détresse très intense :
- persiste ;
- altère fortement le quotidien ;
- empêche durablement de fonctionner ;
- devient préoccupante,
un avis professionnel peut être utile.
Voir aussi : Deuil prolongé : quand consulter
Ce qu'il faut retenir
Les cinq ou sept étapes peuvent fournir des mots.
Elles ne constituent pas une carte obligatoire.
Il est plus juste de considérer que le deuil :
- varie fortement selon les personnes ;
- peut alterner entre douleur et vie quotidienne ;
- n'avance pas en ligne droite ;
- n'oblige pas à ressentir toutes les émotions ;
- ne se mesure pas à la vitesse avec laquelle quelqu'un atteint "l'acceptation".
Sur Holia :
Sources et références
- Stages of Grief Portrayed on the Internet: A Systematic Analysis and Critical Appraisal (ouvre un site externe) · PubMed · PMID 34925174 (consulté le 2026-08-22)
- Toward the assessment of belief in stages of grief: Construction and validation of a scale (ouvre un site externe) · PubMed · PMID 42283741 (consulté le 2026-08-22)
- A Systematic Review of the Dual Process Model of Coping With Bereavement (1999-2016) (ouvre un site externe) · PubMed · PMID 31829782 (consulté le 2026-08-22)
- La santé mentale, Grande cause nationale en 2025 (ouvre un site externe) · info.gouv.fr / Ministère de la Santé (consulté le 2026-08-22)
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