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Étapes du deuil : faut-il vraiment passer par 5 ou 7 phases ?
Déni, colère, marchandage, tristesse, acceptation : les “étapes du deuil” sont très populaires, mais elles ne décrivent pas un parcours obligatoire ni linéaire. Voici des repères plus nuancés.

Déni, colère, marchandage, dépression, acceptation : les "cinq étapes du deuil" sont devenues une représentation presque universelle de ce qui suivrait un décès.
Cette liste peut fournir des mots utiles pour décrire certaines réactions. En revanche, la recherche ne soutient pas l'idée que toute personne endeuillée traverse cinq ou sept étapes dans un ordre déterminé.
Le principal risque de ce modèle est très concret : croire que l'on fait mal son deuil parce que l'on ne ressent pas la bonne émotion au bon moment.
D'où viennent les cinq étapes ?
Les cinq étapes sont associées à Elisabeth Kübler-Ross et à son ouvrage On Death and Dying, publié en 1969.
Point important : ses observations portaient principalement sur des personnes confrontées à leur propre maladie terminale et à leur mort, pas sur une étude empirique établissant une séquence universelle du deuil après le décès d'un proche.
Le modèle a ensuite été largement appliqué au deuil et popularisé dans les médias, les livres et sur internet.
Des analyses critiques rappellent que cette extension est problématique lorsque les étapes sont présentées comme une loi psychologique.
Quelles sont les cinq étapes les plus connues ?
La version la plus courante comprend :
- le déni ;
- la colère ;
- le marchandage ;
- la dépression ;
- l'acceptation.
Même ces termes demandent de la prudence.
Dans ce modèle, le mot "dépression" décrit une réaction proposée par la théorie. Il ne signifie pas automatiquement trouble dépressif caractérisé au sens médical.
De même, "acceptation" ne signifie pas être heureux du décès, ne plus souffrir ou ne plus penser à la personne.
Existe-t-il vraiment sept étapes du deuil ?
Les listes à sept étapes sont des variantes populaires ajoutant ou découpant différemment certaines réactions : choc, douleur, culpabilité, reconstruction ou retour à la vie, par exemple.
Il n'existe pas une version scientifique officielle à sept phases que chacun devrait franchir.
Changer le nombre d'étapes ne corrige donc pas le problème principal : le deuil ne se déroule pas nécessairement comme une progression ordonnée.
Peut-on ne jamais vivre certaines "étapes" ?
Oui.
Après un décès, une personne peut :
- comprendre immédiatement que la mort est réelle sans passer par un déni perceptible ;
- ne ressentir aucune colère ;
- éprouver du soulagement après une longue période de maladie ;
- avoir des moments agréables très tôt ;
- ressentir une grande tristesse plusieurs mois plus tard ;
- reprendre rapidement certaines activités tout en restant profondément attachée à la personne décédée.
Aucune de ces réactions ne permet de conclure qu'une étape a été "sautée".
Pourquoi le modèle peut-il devenir culpabilisant ?
Parce qu'il crée facilement une norme implicite.
Une personne peut penser :
"Je ne suis pas en colère, donc je bloque quelque chose."
"Je ris avec mes proches, donc je ne suis peut-être pas assez triste."
"Je souffre encore après avoir cru accepter, donc je régresse."
Ces conclusions ne sont pas justifiées.
Une analyse critique publiée en 2021 sur la représentation des étapes du deuil sur internet souligne justement que leur présentation trop affirmative peut faire croire aux personnes endeuillées qu'elles ne vivent pas leur deuil correctement.
Un deuil peut évoluer sans être linéaire
Le Dual Process Model propose un cadre différent.
Il décrit une oscillation possible entre deux orientations.
Les moments centrés sur la perte
Ils peuvent inclure :
- le manque ;
- les souvenirs ;
- la tristesse ;
- les pensées concernant la personne décédée ;
- les émotions liées à la relation et à l'absence.
Les moments centrés sur la restauration
Ils concernent davantage :
- les démarches ;
- le travail ;
- les responsabilités ;
- l'organisation du quotidien ;
- de nouvelles tâches auparavant assurées par la personne décédée ;
- la reprise d'activités.
Une revue systématique a retrouvé un soutien empirique à cette représentation plus dynamique du coping au deuil.
Cela ne signifie pas qu'il faudrait remplacer les cinq étapes par un nouveau modèle obligatoire. Le Dual Process Model reste lui aussi un cadre théorique, pas un calendrier à respecter.
Est-il normal d'aller bien pendant quelques heures ou quelques jours ?
Oui.
Le deuil peut comporter des périodes de douleur très forte puis des moments où l'attention se porte ailleurs.
Rire, travailler, jouer avec ses enfants, regarder une série ou profiter d'un repas ne signifie pas que la personne décédée compte moins.
Ces moments de répit peuvent simplement coexister avec le deuil.
Ils ne prouvent ni que celui-ci est terminé, ni qu'il est "évité".
Pourquoi certaines dates font-elles revenir des émotions ?
Un anniversaire, une fête, une chanson ou un lieu peut réactiver très fortement des souvenirs.
Cela ne signifie pas que vous êtes revenu à une étape précédente.
Le deuil peut changer avec le temps tout en restant sensible à certains rappels. La trajectoire n'a pas besoin d'être une courbe descendante régulière pour être normale.
Combien de temps dure une étape du deuil ?
Puisque les étapes ne constituent pas une séquence obligatoire, il n'existe pas de durée scientifique pour chacune d'elles.
Plus largement, il n'existe pas non plus un délai universel à la fin duquel une personne devrait "avoir fini son deuil".
La durée dépend notamment de la relation, des circonstances du décès, du soutien disponible, de l'histoire personnelle et du contexte culturel.
Que signifie réellement "accepter" un décès ?
L'acceptation est souvent mal comprise.
Elle ne signifie pas :
- approuver ce qui s'est passé ;
- ne plus être triste ;
- oublier ;
- arrêter de parler de la personne ;
- retirer toutes les photos ;
- ne plus avoir de moments de manque.
Dans un sens plus utile, on peut parler d'une adaptation progressive à la réalité du décès et à une vie qui continue malgré l'absence.
Cette adaptation peut coexister avec un lien durable aux souvenirs.
Peut-on continuer à garder un lien avec la personne décédée ?
Oui.
Photos, objets, histoires familiales, rituels ou pensées peuvent conserver une place.
Les modèles contemporains du deuil n'imposent pas un "détachement complet" comme preuve de bonne adaptation.
À l'inverse, il n'existe pas non plus d'obligation de conserver tous les objets ou de maintenir certains rituels.
La question utile est celle de la place que ces souvenirs prennent pour vous et de leur effet sur votre vie.
Pour les repères pratiques après un décès, consultez faire son deuil après le décès d'un proche.
Quand le deuil devient-il un trouble du deuil prolongé ?
Un deuil très douloureux dans les semaines ou mois qui suivent un décès n'est pas automatiquement pathologique.
Le DSM-5-TR reconnaît toutefois un trouble du deuil prolongé lorsque des réactions de deuil sévères persistent durablement, provoquent une détresse ou une altération importante du fonctionnement et dépassent ce qui est attendu dans le contexte social, culturel ou religieux de la personne.
Chez l'adulte, le DSM-5-TR exige notamment qu'au moins 12 mois se soient écoulés depuis le décès avant que ce diagnostic puisse être posé.
Cela ne signifie surtout pas qu'il faut attendre un an pour demander de l'aide. On peut consulter bien avant si la souffrance est intense ou si l'on souhaite être accompagné.
Pour ce sujet précis, consultez deuil prolongé : quand consulter.
Quel professionnel Holia peut aider ?
On n'a pas besoin d'un diagnostic pour avoir le droit de parler de son deuil.
Un psychologue peut offrir un espace pour travailler la perte, les réactions émotionnelles, la culpabilité, les circonstances du décès ou les difficultés à réinvestir le quotidien.
Si un trouble du deuil prolongé est suspecté, une prise en charge psychothérapeutique spécifique peut être indiquée. Les méta-analyses récentes montrent notamment un bénéfice des psychothérapies cognitivo-comportementales centrées sur le deuil prolongé.
En cas d'idées suicidaires ou de crise suicidaire, le 3114 est accessible gratuitement en France, 24 h/24 et 7 j/7. En cas d'urgence médicale immédiate, appelez le 15 ou le 112.
Sources et références
- Avis, Stroebe et Schut - Stages of Grief Portrayed on the Internet (ouvre un site externe)
- Stroebe et al. - Cautioning Health-Care Professionals: Bereaved Persons Are Misguided Through the Stages of Grief (ouvre un site externe)
- Fiore - A Systematic Review of the Dual Process Model of Coping With Bereavement (ouvre un site externe)
- American Psychiatric Association - Prolonged Grief Disorder (ouvre un site externe)
- Komischke-Konnerup et al., 2024 - Grief-focused cognitive behavioral therapies for prolonged grief symptoms (ouvre un site externe)
- 3114 - Numéro national de prévention du suicide (ouvre un site externe)
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La page dédiée à ce vécu sur Holia, et quelques guides proches pour prolonger la lecture.
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