Publié le Mis à jour le 13 min de lecture
Deuil prolongé : quand la souffrance mérite-t-elle une évaluation professionnelle ?
Un deuil peut rester douloureux longtemps sans être un trouble. Le trouble du deuil prolongé répond à des critères cliniques précis : durée seule, tristesse ou anniversaires difficiles ne suffisent pas à poser un diagnostic.

Perdre une personne proche peut rester douloureux longtemps.
Il n'existe pas une durée au-delà de laquelle un deuil devrait être « terminé ». Continuer à :
- penser au défunt ;
- ressentir du manque ;
- pleurer ;
- avoir des périodes plus difficiles ;
- redouter certaines dates ;
- conserver des objets ou des habitudes
ne signifie pas automatiquement qu'un deuil est pathologique.
Le trouble du deuil prolongé est un diagnostic clinique précis. Il ne repose ni sur une date anniversaire ni sur le simple fait d'être encore triste plusieurs mois après le décès.
La question utile est plutôt : la souffrance reste-t-elle tellement intense et persistante qu'elle empêche durablement la personne de fonctionner, de se réengager dans sa vie ou de retrouver des moments où autre chose que le deuil peut exister ?
Et il n'est pas nécessaire d'attendre de remplir les critères d'un trouble pour demander de l'aide.
Sur Holia, le professionnel le plus directement pertinent est généralement un psychologue, notamment lorsque le deuil s'accompagne d'isolement, de détresse, de culpabilité, d'anxiété ou de difficultés importantes à reprendre le quotidien. Un sophrologue ou un hypnothérapeute peuvent éventuellement compléter le parcours pour des objectifs de relaxation ou de gestion du stress, mais ils ne remplacent pas l'évaluation psychologique ou médicale lorsqu'elle est nécessaire.
Un deuil peut-il durer plusieurs années sans être pathologique ?
Oui.
Le lien avec une personne décédée ne disparaît pas à une date précise.
Avec le temps, beaucoup de personnes constatent plutôt que le deuil change de forme :
- la douleur devient moins constante ;
- certains souvenirs deviennent plus supportables ;
- des activités reprennent ;
- des moments de plaisir réapparaissent ;
- les vagues de tristesse deviennent plus espacées.
Mais des périodes difficiles peuvent revenir :
- anniversaire ;
- fêtes ;
- événement familial ;
- naissance ;
- changement de vie.
Le retour d'une émotion forte ne signifie pas que la personne « recommence son deuil à zéro ».
Pourquoi la durée seule ne suffit-elle pas ?
Parce qu'un diagnostic ne repose jamais uniquement sur le calendrier.
L'American Psychiatric Association a intégré le trouble du deuil prolongé au DSM-5-TR.
Chez l'adulte, le décès doit notamment remonter à au moins 12 mois pour que ce diagnostic puisse être posé selon ce référentiel.
Chez l'enfant et l'adolescent, le délai minimal est de 6 mois.
Mais ces délais représentent une condition nécessaire au diagnostic, pas une date à laquelle tout deuil devrait être résolu.
À douze mois, une personne peut encore :
- manquer profondément au défunt ;
- pleurer ;
- trouver certaines journées très difficiles
sans présenter un trouble du deuil prolongé.
Quels éléments comptent réellement dans le diagnostic ?
Le DSM-5-TR décrit notamment un manque intense de la personne décédée ou une préoccupation persistante à son sujet, associés à d'autres symptômes et à un retentissement important.
L'évaluation regarde également :
- fréquence ;
- intensité ;
- durée ;
- fonctionnement quotidien ;
- contexte culturel, social ou religieux.
Le diagnostic ne peut pas être réduit à une checklist lue en ligne.
Pourquoi le fonctionnement quotidien est-il si important ?
Parce qu'une souffrance intense peut être normale après un décès tout en restant compatible, progressivement, avec certaines activités.
Dans un trouble du deuil prolongé, le retentissement peut devenir durablement majeur sur :
- travail ;
- études ;
- relations ;
- activités ;
- autonomie ;
- organisation quotidienne.
La personne peut avoir l'impression que la vie est restée entièrement arrêtée autour du décès.
DSM-5-TR et ICD-11 disent-ils exactement la même chose ?
Non.
L'Organisation mondiale de la santé reconnaît également le trouble du deuil prolongé dans l'ICD-11.
Les critères et certains délais ne sont pas identiques à ceux du DSM-5-TR.
Il ne faut donc pas fusionner les deux classifications pour fabriquer une définition simplifiée.
Un professionnel formé utilise le référentiel correspondant à son cadre clinique.
Le contexte culturel compte-t-il ?
Oui.
Les façons de :
- pleurer ;
- honorer les morts ;
- conserver un lien ;
- participer aux rites ;
- exprimer la tristesse
varient fortement selon les cultures, les religions et les familles.
Les classifications diagnostiques tiennent compte du fait que les symptômes doivent dépasser ce qui est attendu dans le contexte social, culturel ou religieux de la personne.
Il n'existe pas une seule manière « saine » de faire son deuil.
Qu'est-ce qui ne permet pas, à lui seul, de parler de deuil prolongé ?
Par exemple :
- pleurer encore après un an ;
- penser chaque jour au défunt ;
- garder ses affaires ;
- parler souvent de lui ;
- ne pas vouloir « tourner la page » ;
- avoir une journée très difficile à l'anniversaire du décès.
Ces éléments peuvent faire partie d'un deuil normal.
La question du trouble se pose surtout lorsque la souffrance et le retentissement deviennent durablement envahissants.
Faut-il absolument « accepter » le décès ?
L'expression peut être trompeuse.
Une personne peut intellectuellement savoir que le décès est réel tout en continuant à ressentir :
- manque ;
- injustice ;
- colère ;
- tristesse.
L'objectif d'un accompagnement n'est pas d'effacer le lien avec la personne décédée.
Il peut plutôt être d'aider à retrouver une vie qui contient à la fois :
- la mémoire du défunt ;
- et de nouvelles expériences.
Et les « cinq étapes du deuil » ?
Il ne faut pas les utiliser comme un calendrier obligatoire.
Une personne ne passe pas nécessairement de façon linéaire par :
- déni ;
- colère ;
- marchandage ;
- dépression ;
- acceptation.
Les émotions peuvent :
- se mélanger ;
- revenir ;
- ne jamais correspondre à ce modèle.
Voir : Étapes du deuil.
Ne pas suivre ces étapes ne signifie pas que le deuil est « bloqué ».
Quand peut-on demander de l'aide sans avoir de trouble ?
À n'importe quel moment.
Une personne peut vouloir consulter simplement parce qu'elle souhaite :
- parler librement du défunt ;
- comprendre certaines réactions ;
- ne pas peser uniquement sur son entourage ;
- retrouver des repères ;
- traverser une période anniversaire ;
- reprendre progressivement certaines activités.
Demander du soutien n'exige pas d'avoir un diagnostic.
Quand consulter devient-il particulièrement important ?
Un avis professionnel est particulièrement pertinent lorsque la souffrance :
- reste extrêmement intense ;
- s'aggrave avec le temps ;
- entraîne un isolement majeur ;
- empêche durablement les activités essentielles ;
- provoque de graves troubles du sommeil ou de l'alimentation ;
- s'accompagne d'une dépression importante ;
- entraîne une consommation problématique d'alcool ou de substances ;
- inquiète fortement la personne ou son entourage.
Quelle différence entre deuil prolongé et dépression ?
Ils peuvent partager certaines manifestations :
- tristesse ;
- retrait ;
- sommeil perturbé ;
- difficulté à fonctionner.
Mais ils ne sont pas synonymes.
Dans le deuil prolongé, la souffrance est fortement organisée autour :
- de la personne décédée ;
- du manque ;
- de la difficulté à se réengager dans la vie après cette perte.
Une dépression peut avoir un tableau plus global, avec notamment perte d'intérêt, dévalorisation ou désespoir qui ne sont pas uniquement centrés sur le décès.
Seul un professionnel peut faire ce diagnostic différentiel.
Peut-on avoir les deux ?
Oui.
Un trouble du deuil prolongé peut coexister avec :
- dépression ;
- anxiété ;
- trouble de stress post-traumatique ;
- autres difficultés psychiques.
C'est une raison supplémentaire pour éviter l'autodiagnostic à partir d'un seul symptôme.
Un décès traumatique change-t-il la manière d'accompagner le deuil ?
Il peut.
Lorsqu'un décès a été :
- brutal ;
- violent ;
- accidentel ;
- vécu comme traumatique,
la personne peut présenter en plus des symptômes liés au traumatisme :
- images intrusives ;
- évitement ;
- hypervigilance ;
- cauchemars.
Le traitement ne sera pas nécessairement identique à celui d'un deuil prolongé isolé.
La culpabilité est-elle fréquente ?
Elle peut être présente.
Une personne peut se reprocher :
- ce qu'elle a fait ;
- ce qu'elle n'a pas fait ;
- une décision médicale ;
- une dispute ;
- de ne pas avoir été là ;
- parfois même de recommencer à rire ou à vivre.
La présence de culpabilité ne suffit pas à diagnostiquer un trouble.
Mais une culpabilité massive et persistante peut justifier un accompagnement.
Quel rôle pour un psychologue ?
Un psychologue est le métier Holia le plus directement pertinent pour un deuil qui devient difficile à traverser.
Il peut notamment aider à :
- mettre des mots sur la perte ;
- travailler la culpabilité ;
- distinguer deuil, anxiété et dépression ;
- réduire certains évitements ;
- retrouver progressivement des activités importantes ;
- accompagner un deuil traumatique selon sa formation.
Le titre de psychologue est réglementé en France.
Toutes les psychothérapies conviennent-elles ?
L'accompagnement dépend :
- du tableau ;
- de l'âge ;
- du contexte ;
- des préférences ;
- des compétences du professionnel.
Certaines psychothérapies structurées ont été spécifiquement étudiées dans le trouble du deuil prolongé.
Le plus important est que le professionnel sache reconnaître :
- ce qui relève d'un deuil attendu ;
- ce qui nécessite une prise en charge plus spécifique ;
- ce qui impose une orientation médicale ou psychiatrique.
Voir : psychothérapie.
Quand consulter un médecin ou un psychiatre ?
Un médecin peut être particulièrement utile s'il existe :
- symptômes médicaux ;
- perte de poids importante ;
- problème sévère de sommeil ;
- suspicion de dépression ;
- consommation problématique de substances ;
- question sur un traitement.
Le psychiatre est un médecin spécialisé en santé mentale.
Il peut être indiqué lorsque la souffrance devient sévère ou lorsqu'un trouble psychiatrique doit être évalué ou traité.
Quel rôle pour un sophrologue ?
Un sophrologue peut éventuellement proposer :
- respiration ;
- relaxation ;
- exercices attentionnels.
Cela peut être recherché pour :
- réduire la tension ;
- préparer une période difficile ;
- retrouver un moment de calme.
Mais la sophrologie n'est pas un traitement démontré du trouble du deuil prolongé.
Elle reste complémentaire.
Et l'hypnose ?
Un hypnothérapeute peut éventuellement intervenir sur des objectifs complémentaires de :
- relaxation ;
- gestion de certaines émotions ;
- travail attentionnel.
Il faut être prudent avec les promesses de :
- « couper le lien » ;
- « effacer la douleur » ;
- « terminer le deuil en quelques séances ».
Un deuil n'est pas une mémoire qu'il faudrait supprimer.
Faut-il consulter un coach bien-être pour un deuil ?
Un accompagnement de bien-être peut offrir :
- écoute ;
- organisation ;
- soutien autour d'objectifs de vie.
Mais un coach n'est pas un professionnel de santé mentale du seul fait de cette activité.
Si la souffrance est intense, durable ou accompagnée de symptômes dépressifs, un psychologue, un médecin ou un psychiatre est plus approprié.
Et si l'entourage dit qu'il faut « passer à autre chose » ?
La pression sociale peut compliquer le deuil.
Une personne peut encore avoir besoin de parler du défunt longtemps après que l'entourage a repris ses habitudes.
Il est possible de dire clairement :
- que certaines dates restent difficiles ;
- que parler du défunt fait du bien ;
- que l'on n'attend pas forcément une solution.
Le but n'est pas de maintenir toute la vie autour de la perte, mais il n'est pas non plus de faire disparaître la personne décédée du récit familial.
Comment aider un proche en deuil ?
Quelques attitudes sont souvent plus utiles que de chercher la bonne phrase :
- écouter ;
- accepter les silences ;
- proposer une aide concrète ;
- continuer à prendre des nouvelles après les premières semaines ;
- éviter les injonctions à « être fort » ;
- ne pas imposer un calendrier.
Si l'état du proche inquiète, on peut l'encourager à consulter.
Que faire si le deuil s'accompagne d'idées suicidaires ?
Il faut considérer cela comme une situation de santé mentale qui nécessite une aide rapide.
Le caractère « compréhensible » d'une souffrance après un décès ne rend pas les idées suicidaires moins importantes.
En France, le 3114 est le numéro national de prévention du suicide, gratuit 24 h/24 et 7 j/7.
En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112.
Comment choisir le bon professionnel sur Holia ?
Souffrance intense, culpabilité, isolement, dépression ou difficulté à reprendre la vie quotidienne
Besoin complémentaire de relaxation et de respiration
Travail complémentaire de relaxation ou d'attention
Pour un diagnostic, un traitement médicamenteux ou un état sévère, le médecin ou le psychiatre reste prioritaire.
Comment utiliser Holia ?
Holia peut vous aider à trouver un professionnel lorsque vous souhaitez être accompagné sans attendre que la situation corresponde forcément à un diagnostic.
Le point de départ le plus pertinent est généralement le psychologue.
Selon votre besoin, vous pouvez ensuite envisager un sophrologue ou un hypnothérapeute comme soutien complémentaire.
Vous pouvez aussi chercher un praticien près de chez vous.
Sources et références
- American Psychiatric Association - Prolonged Grief Disorder (ouvre un site externe)
- World Health Organization - Clinical descriptions and diagnostic requirements for ICD-11 mental, behavioural and neurodevelopmental disorders (ouvre un site externe)
- Prevalence of prolonged grief disorder in adult bereavement: a systematic review and meta-analysis (ouvre un site externe)
- Ministère de la Santé - Le numéro national de prévention du suicide (ouvre un site externe)
Explorer ce sujet
La page dédiée à ce vécu sur Holia, et quelques guides proches pour prolonger la lecture.
Guides liés
Faire son deuil après le décès d'un proche : quels repères peuvent aider ?
Faire son deuil ne consiste ni à oublier ni à suivre un calendrier. Souvenirs, quotidien, démarches, entourage et moments de répit peuvent évoluer de façon très différente d'une personne à l'autre.
Lire le guideÉtapes du deuil : faut-il vraiment passer par 5 ou 7 phases ?
Déni, colère, marchandage, tristesse, acceptation : les “étapes du deuil” sont très populaires, mais elles ne décrivent pas un parcours obligatoire ni linéaire. Voici des repères plus nuancés.
Lire le guideDeuil et travail : comment reprendre après le décès d'un proche ?
La reprise peut arriver bien avant que la personne se sente prête émotionnellement. Droits à congé, échanges avec l'employeur, concentration et rythme de reprise : les besoins varient selon la situation.
Lire le guideBurn-out parental : symptômes, différence avec la charge mentale et quand demander de l'aide
Le burn-out parental est étudié comme un épuisement spécifique au rôle de parent. Repères pour comprendre les dimensions décrites par la recherche, le distinguer de la charge mentale et savoir quand demander de l’aide.
Lire le guide
Approches associées
Des méthodes souvent explorées autour de ce vécu, pour prolonger la lecture sans multiplier les pistes.
Trouver un accompagnement face au deuil
Indiquez votre ville pour découvrir les professionnels disponibles près de chez vous.