Publié le 17 min de lecture
Écoles d’ostéopathie : ce que révèle le pré-rapport du ROF sur 145 témoignages
Le Registre des Ostéopathes de France a recueilli 145 témoignages anonymes d’étudiants, anciens étudiants et enseignants entre mai et juin 2026. Abus d’autorité, humiliations, violences sexistes et sexuelles ou représailles sont rapportés. Ces données sont préoccupantes, mais elles ne constituent ni une enquête représentative ni une validation judiciaire des faits.

Comment se forme-t-on à l’ostéopathie en France, et que se passe-t-il lorsque des étudiants disent ne pas se sentir protégés au sein de leur école ?
Le 8 juillet 2026, le Registre des Ostéopathes de France, ou R.O.F., a publié un pré-rapport intitulé « Signalements et dérives dans les écoles d’ostéopathie - Libérons la parole ».
Le document rassemble 145 témoignages anonymes, recueillis en ligne entre le 21 mai et le 27 juin 2026 auprès d’étudiants, d’anciens étudiants, d’enseignants et d’autres personnes ayant connu une formation en ostéopathie.
Les situations rapportées sont graves.
Parmi les répondants :
- 83 % déclarent des faits répétés dans le temps ;
- 43 % rapportent au moins un fait à caractère sexiste ou sexuel ;
- 80 % mettent en cause un enseignant ;
- 66 % déclarent un impact sur leur santé psychologique.
Le R.O.F. rapporte également des situations d’abus d’autorité, d’intimidation, de harcèlement moral, d’humiliations, de discriminations, de représailles après signalement et, dans certains témoignages, d’agressions sexuelles.
Mais ces chiffres doivent être lus correctement.
Le pré-rapport n’est pas une enquête représentative de l’ensemble des écoles d’ostéopathie françaises.
Il repose sur un appel public à témoignages et sur un questionnaire anonyme auto-administré.
Les personnes ayant répondu ne constituent donc pas un échantillon tiré au sort.
Les situations décrites sont déclaratives et le document ne constitue ni une enquête judiciaire, ni une vérification indépendante de chaque fait rapporté.
Cette limite ne rend pas les témoignages négligeables.
Elle change simplement la question à laquelle le document peut répondre.
Le pré-rapport ne permet pas de dire :
« 43 % des étudiants en ostéopathie subissent des violences sexistes ou sexuelles ».
Il permet de dire :
parmi les 145 personnes ayant choisi de répondre à cet appel à témoignages, 62 ont rapporté au moins un fait de cette nature.
Cette distinction est essentielle.
Qui a répondu à l’appel à témoignages ?
La grande majorité des répondants sont d’anciens étudiants.
Sur les 145 témoignages recueillis :
- 113 proviennent d’anciens étudiants diplômés, soit 78 % ;
- 18 de personnes encore en formation, soit 12 % ;
- 10 d’enseignants, formateurs ou maîtres de stage, soit 7 % ;
- 4 d’autres profils, notamment des ostéopathes en exercice ou des personnes ayant interrompu leur cursus.
Cette composition explique une partie de l’ancienneté des faits rapportés.
74 % des témoignages concernent des faits datant de plus de trois ans.
Cela ne signifie pas que les situations décrites appartiennent uniquement au passé.
Le rapport compte également 20 témoignages concernant des faits de moins d’un an, dont 11 portant sur des faits de moins de six mois.
Pour le R.O.F., cette présence de témoignages récents justifie de ne pas considérer le sujet comme un simple héritage d’anciennes pratiques.
Mais là encore, ces chiffres ne permettent pas de mesurer une évolution temporelle.
On ne sait pas, à partir de ce questionnaire, si les problèmes augmentent, diminuent ou restent stables dans l’ensemble des établissements.
Quels types de faits sont rapportés ?
Le questionnaire permettait de sélectionner plusieurs catégories.
Un même répondant pouvait donc signaler plusieurs situations.
C’est pourquoi les nombres ne doivent pas être additionnés pour obtenir un total.
Les catégories les plus fréquemment citées sont :
- 98 témoignages mentionnant un abus d’autorité ;
- 83 une intimidation ou une pression psychologique ;
- 61 un harcèlement moral ;
- 58 des humiliations répétées ;
- 50 un comportement inapproprié à connotation sexuelle ;
- 49 des violences verbales ;
- 41 une discrimination ;
- 40 une mise à l’écart ou une exclusion ;
- 26 des violences sexistes ;
- 25 des représailles après signalement ;
- 10 une agression sexuelle ;
- 9 un harcèlement sexuel ;
- 4 un cyberharcèlement ;
- 3 des violences physiques.
Le rapport indique une moyenne de 3,8 types de faits cités par témoignage.
Environ 65 % des répondants ont sélectionné au moins trois catégories.
Cela montre que, pour une partie des personnes ayant répondu, les situations décrites ne sont pas présentées comme des incidents isolés mais comme des expériences cumulatives.
Cette accumulation constitue l’un des principaux motifs d’alerte du R.O.F.
Que recouvre le chiffre de 43 % concernant les violences sexistes et sexuelles ?
Le pré-rapport regroupe sous cette catégorie plusieurs types de signalements.
62 témoignages sur 145, soit 43 %, mentionnent au moins un fait à caractère sexiste ou sexuel.
Parmi eux figurent notamment :
- 50 témoignages de comportements inappropriés à connotation sexuelle ;
- 26 de violences sexistes ;
- 10 d’agression sexuelle ;
- 9 de harcèlement sexuel ;
- 4 de cyberharcèlement dans cette catégorie.
Un même témoignage peut apparaître dans plusieurs sous-catégories.
Il est donc incorrect de les additionner.
Le rapport précise aussi que 50 des 62 témoignages comportant des faits à caractère sexiste ou sexuel décrivent parallèlement d’autres faits répétés, souvent liés à l’autorité ou à l’intimidation.
Cette information est importante car elle montre que les personnes concernées ne décrivent pas uniquement des remarques déplacées indépendantes du reste de leur expérience scolaire.
Dans certains témoignages, ces faits semblent s’inscrire dans une relation pédagogique plus large où interviennent notation, pouvoir institutionnel et dépendance au diplôme.
Qui est mis en cause dans les témoignages ?
Les enseignants constituent la catégorie la plus fréquemment désignée.
116 répondants sur 145 mettent en cause un enseignant.
82 citent un membre de la direction.
44 mentionnent plusieurs personnes.
21 un autre étudiant.
13 un tuteur de stage.
Le pré-rapport indique que 44 % des témoignages mettent en cause à la fois un enseignant et un membre de la direction.
Le R.O.F. interprète ce résultat comme un indice que certains problèmes décrits ne relèveraient pas seulement de comportements individuels isolés.
Il faut cependant bien distinguer cette interprétation des données elles-mêmes.
Le questionnaire montre que plusieurs répondants déclarent avoir rencontré des difficultés avec plusieurs niveaux de l’établissement.
Il ne démontre pas, à lui seul, l’existence d’un fonctionnement systémique dans toutes les écoles ou même dans tous les établissements mentionnés.
Une telle conclusion nécessiterait des investigations institutionnelles établissement par établissement.
Dans quels contextes les faits sont-ils le plus souvent rapportés ?
Les travaux pratiques arrivent largement en tête.
Ils sont mentionnés dans 102 témoignages.
Viennent ensuite :
- les locaux de l’école, dans 80 témoignages ;
- les cours théoriques, dans 62 ;
- les examens, dans 52 ;
- les stages, dans 18 ;
- les événements étudiants, dans 10 ;
- les réseaux sociaux, dans 8.
Ce poids des travaux pratiques n’est pas anodin dans une formation comme l’ostéopathie.
La pratique repose sur le contact manuel.
Les étudiants travaillent directement les uns sur les autres.
Selon les techniques enseignées, certaines séances impliquent de découvrir une partie du corps et d’accepter des manipulations réalisées par d’autres étudiants sous la supervision d’un enseignant.
La question du consentement possède donc une place particulière.
Un geste peut avoir une finalité pédagogique parfaitement légitime tout en nécessitant un cadre clair sur ce que l’étudiant accepte, sur les limites corporelles et sur la possibilité de refuser une situation sans craindre une sanction pédagogique.
Le R.O.F. demande justement que les travaux pratiques considérés comme sensibles soient davantage encadrés, notamment sur le consentement et la tenue.
Pourquoi les examens apparaissent-ils aussi dans les témoignages ?
Parce que l’évaluation crée une relation de pouvoir particulière.
Un étudiant dépend de ses résultats pour poursuivre sa formation et obtenir son diplôme.
Dans le pré-rapport, certains témoignages décrivent la notation comme un possible levier de pression.
25 personnes déclarent avoir subi des représailles après un signalement.
Le document rapporte notamment la crainte d’un échec, d’un redoublement ou d’une exclusion après avoir contesté un comportement ou effectué un signalement.
Cela ne permet pas de conclure que ces représailles ont été objectivement établies dans chaque cas.
Mais le simple fait que des étudiants puissent penser que parler met leur diplôme en danger constitue déjà une difficulté importante pour un dispositif interne de signalement.
Un mécanisme de plainte n’est réellement utile que si la personne estime pouvoir l’utiliser sans risque supplémentaire.
C’est l’une des raisons pour lesquelles le R.O.F. demande la création d’un dispositif de signalement indépendant des établissements.
Quelles conséquences les répondants déclarent-ils ?
Le pré-rapport ne s’arrête pas aux faits rapportés.
Il interroge aussi leurs conséquences.
96 répondants sur 145 indiquent un impact sur leur santé psychologique.
74 rapportent des conséquences sur leur parcours scolaire ou professionnel.
53 mentionnent un impact sur leur vie personnelle.
Les témoignages libres évoquent notamment de l’anxiété, des symptômes dépressifs, une perte de confiance en soi ou envers l’institution et, dans certains cas, des traitements psychotropes.
Ces déclarations doivent, elles aussi, être lues comme des témoignages et non comme des diagnostics validés dans le cadre de l’enquête.
Le questionnaire n’est pas une étude clinique.
Mais il montre que les situations décrites sont vécues comme ayant des conséquences durables par une part importante des répondants.
Peut-on conclure que les écoles d’ostéopathie françaises sont dangereuses ?
Non.
Ce serait une extrapolation que le pré-rapport ne permet pas.
Pour connaître la prévalence réelle des problèmes dans l’ensemble de la formation française, il faudrait disposer d’un échantillon représentatif d’étudiants, connaître le nombre total de personnes exposées, identifier les établissements concernés et comparer les taux entre écoles.
Ce n’est pas la méthodologie utilisée ici.
Un appel à témoignages attire naturellement davantage les personnes qui ont quelque chose à signaler.
Le rapport ne fournit donc aucun dénominateur permettant de calculer la proportion d’étudiants confrontés à ces situations.
Il serait également injustifié d’étendre les témoignages concernant certains établissements à toutes les écoles.
Le document parle de signalements dans plusieurs établissements, pas d’une enquête exhaustive du secteur.
La prudence méthodologique ne doit toutefois pas servir de prétexte à ignorer le signal.
Quand 145 personnes répondent en quelques semaines à un appel consacré à des abus ou violences présumés, l’information mérite d’être examinée.
La bonne réponse n’est ni de généraliser, ni de minimiser.
Elle consiste à vérifier.
Comment les écoles d’ostéopathie sont-elles encadrées aujourd’hui ?
Les établissements qui forment les futurs ostéopathes sont soumis à un régime d’agrément.
Le décret du 12 septembre 2014 définit les conditions que les établissements doivent remplir pour dispenser la formation spécifique à l’ostéopathie.
Parmi ces exigences figurent notamment :
- un projet pédagogique conforme au référentiel ;
- une équipe pédagogique qualifiée ;
- une organisation de la formation clinique ;
- des locaux et moyens adaptés ;
- un conseil scientifique ;
- un conseil pédagogique ;
- une démarche d’évaluation de la qualité de la formation.
Le conseil pédagogique est compétent sur les questions relatives au dispositif de formation et à la vie étudiante.
Il comprend notamment un représentant des étudiants et un représentant de l’Agence régionale de santé.
Les établissements doivent aussi évaluer la qualité de leur enseignement au moyen d’audits internes et externes et de questionnaires de satisfaction des étudiants.
Le cadre existe donc déjà.
La question posée par le pré-rapport est plutôt de savoir si ce cadre est suffisant pour prévenir, repérer et traiter rapidement des violences ou abus lorsqu’ils sont signalés.
Un établissement peut-il perdre son agrément ?
Oui.
Le décret prévoit que l’agrément peut être retiré par décision motivée du ministre chargé de la Santé lorsque les conditions nécessaires ne sont plus remplies ou en cas d’incapacité ou de faute grave des dirigeants.
Un retrait d’agrément est une mesure lourde.
Il affecte directement la capacité de l’école à former et diplômér les étudiants.
Le cadre prévoit d’ailleurs les conditions dans lesquelles des étudiants provenant d’un établissement ayant perdu son agrément peuvent être accueillis ailleurs.
Cela montre que l’agrément n’est pas purement administratif.
Il peut servir de levier de contrôle sur la qualité et le fonctionnement des établissements.
Encore faut-il disposer d’informations suffisamment vérifiées pour apprécier si les conditions sont toujours respectées.
Que demande concrètement le R.O.F. ?
Le pré-rapport formule plusieurs propositions à destination des pouvoirs publics.
Le R.O.F. demande notamment :
un renforcement du contrôle des établissements agréés, avec une attention spécifique portée à la prévention des violences sexistes et sexuelles ;
un dispositif de signalement indépendant, extérieur aux écoles ;
un encadrement renforcé des situations de travaux pratiques, notamment autour du consentement et des conditions de pratique ;
une formation et un contrôle accrus des enseignants et directions ;
des sanctions adaptées lorsque des faits sont établis ;
un examen national externe avec jury indépendant, afin de réduire les situations où le pouvoir de notation serait entièrement concentré dans l’établissement ;
et un code de déontologie applicable à l’ensemble du secteur.
Ce sont les propositions du R.O.F.
Elles ne constituent pas, au 30 septembre 2026, de nouvelles obligations réglementaires adoptées.
Certaines nécessiteraient une réforme du cadre actuel.
Où en est le dossier à la fin septembre 2026 ?
Le sujet n’est plus seulement au stade de la publication du pré-rapport.
Le R.O.F. indique avoir transmis son dossier à l’Inspection générale des affaires sociales, ou IGAS.
Dans une communication publiée fin septembre, l’organisation affirme que l’IGAS lui a indiqué avoir transmis le dossier à la Direction générale de l’offre de soins, la DGOS, afin que la présidence et le secrétariat de la Commission nationale d’agrément des établissements de formation en ostéopathie puissent se saisir du sujet.
Cette étape est importante.
Mais il faut là encore distinguer les niveaux d’information.
À ce stade, cette transmission est rapportée publiquement par le R.O.F.
Elle ne constitue pas encore la publication de conclusions d’une inspection administrative sur les faits signalés.
Il n’existe donc pas, au moment où cet article est écrit, de rapport public des autorités confirmant ou infirmant individuellement les témoignages.
Le prochain enjeu est précisément celui-là : passer du signalement à la vérification.
Pourquoi un dispositif indépendant peut-il changer la situation ?
Parce qu’un mécanisme de signalement interne possède une limite évidente lorsque la personne mise en cause appartient à l’établissement ou à sa direction.
Un étudiant peut hésiter à parler s’il pense que ceux qui recevront son signalement sont également ceux qui contrôlent son évaluation ou son passage dans l’année supérieure.
L’indépendance ne garantit pas qu’un signalement soit fondé.
Elle garantit plutôt que son examen ne dépende pas uniquement de la structure mise en cause.
C’est un principe particulièrement important dans les environnements où existe une forte asymétrie de pouvoir.
Une procédure indépendante peut aussi protéger les enseignants ou établissements accusés à tort en permettant une instruction plus neutre et documentée.
La protection des personnes qui signalent et le respect du contradictoire ne sont pas des objectifs opposés.
Ils sont les deux conditions d’une procédure crédible.
Pourquoi la question du consentement est-elle particulière en ostéopathie ?
Parce que l’apprentissage passe nécessairement par le corps.
Un étudiant doit apprendre à palper, mobiliser, observer et pratiquer des techniques manuelles.
Il doit également accepter d’être sujet de pratique pour ses camarades.
Ce fonctionnement est normal dans une formation manuelle.
Mais il rend encore plus nécessaire une culture explicite du consentement.
Accepter d’entrer dans une école d’ostéopathie ne signifie pas consentir à n’importe quel geste, dans n’importe quelle condition, par n’importe quelle personne.
Le cadre pédagogique devrait permettre de distinguer clairement :
ce qui est nécessaire à l’apprentissage ;
ce qui doit être expliqué au préalable ;
ce qui nécessite un accord explicite ;
et ce qu’un étudiant peut refuser sans subir de pression ou de pénalisation.
Cette question dépasse les seules violences sexistes et sexuelles.
Elle touche directement à la manière dont un futur praticien apprend à respecter le corps et les limites d’une autre personne.
Quel lien avec la future pratique professionnelle ?
Il est direct.
Le consentement n’est pas seulement une question de vie étudiante.
Un ostéopathe travaille quotidiennement avec le corps de ses patients.
La personne consultée doit comprendre ce qui lui est proposé, pouvoir poser des questions et pouvoir refuser un geste.
Une formation où le respect des limites corporelles est enseigné de manière explicite prépare aussi à une meilleure relation professionnelle.
À l’inverse, banaliser des gestes non expliqués ou une relation d’autorité excessive pendant la formation peut envoyer un mauvais message sur la future relation praticien-patient.
La qualité d’une profession commence donc en partie dans la manière dont elle forme ses étudiants.
Est-ce que ce pré-rapport remet en cause l’ostéopathie elle-même ?
Non.
Le document porte sur les conditions de formation et les comportements rapportés dans plusieurs établissements.
Il ne mesure ni l’efficacité de l’ostéopathie ni la qualité clinique de l’ensemble des praticiens en exercice.
Confondre les deux sujets serait une erreur.
Un ostéopathe formé dans de bonnes conditions et exerçant aujourd’hui de manière respectueuse n’est pas mis en cause parce qu’un pré-rapport rapporte des situations problématiques dans certaines écoles.
En revanche, une profession a tout intérêt à traiter sérieusement les problèmes de formation qui peuvent affecter ses futurs membres.
La confiance du public repose aussi sur la capacité d’un secteur à reconnaître ses difficultés et à améliorer ses standards.
Pourquoi ce sujet a-t-il sa place sur Holia ?
Parce que Holia ne référence pas uniquement des techniques.
La plateforme référence aussi des professionnels auxquels le public confie son corps, son bien-être et parfois des informations très personnelles.
La qualité de la relation, le consentement et la formation comptent donc autant que la description d’une approche.
Informer sur ce pré-rapport ne revient pas à accuser une profession.
Cela consiste au contraire à expliquer ce qu’une organisation professionnelle a recueilli, ce que ces données permettent de conclure et ce qu’elles ne permettent pas d’affirmer.
Le sujet concerne aussi directement les futurs praticiens.
Un étudiant qui choisit une école ne regarde pas seulement le programme ou le coût de la formation.
Il doit pouvoir s’attendre à un environnement pédagogique sûr, à des procédures de signalement crédibles et à une évaluation indépendante de toute forme de représailles.
Comment un futur étudiant peut-il évaluer une école ?
Le pré-rapport ne fournit pas un classement des établissements.
Il n’identifie d’ailleurs pas publiquement, dans cette synthèse, les écoles auxquelles se rapportent les témoignages.
Il est donc impossible de l’utiliser comme guide direct pour choisir une école particulière.
Un futur étudiant peut néanmoins poser des questions très concrètes avant de s’inscrire.
Comment fonctionnent les travaux pratiques ?
Quelle est la politique de consentement ?
Existe-t-il un référent indépendant en cas de problème ?
Comment un signalement contre un enseignant est-il traité ?
Qui participe aux jurys d’examen ?
Les représentants étudiants ont-ils un rôle réel dans le conseil pédagogique ?
Les enquêtes de satisfaction sont-elles publiées ?
Comment l’établissement traite-t-il les conflits d’intérêt ?
Ces questions ne garantissent pas qu’aucun problème ne surviendra.
Mais elles permettent de regarder au-delà de la communication commerciale de l’école.
Faut-il attendre une enquête officielle avant de prendre le sujet au sérieux ?
Non, mais il faut distinguer deux étapes.
La première est celle du signal.
Le pré-rapport remplit ce rôle.
Il montre qu’un nombre non négligeable de personnes ont choisi de raconter des situations qu’elles considèrent comme graves.
La seconde est celle de l’établissement des faits.
Elle nécessite des enquêtes, des auditions, des vérifications et le respect du contradictoire.
Prendre les témoignages au sérieux ne signifie pas considérer chaque accusation comme définitivement établie.
À l’inverse, rappeler qu’un témoignage doit être vérifié ne signifie pas qu’il doit être ignoré.
Une institution saine doit pouvoir faire les deux en même temps.
Ce que le pré-rapport change réellement
Il ne permet pas de mesurer la fréquence des violences dans toutes les écoles d’ostéopathie françaises.
Il ne permet pas non plus de désigner publiquement des établissements coupables.
Son échantillon est auto-sélectionné.
Les réponses sont anonymes et déclaratives.
La majorité des faits rapportés datent de plus de trois ans.
Toutes ces limites doivent être dites clairement.
Mais le document apporte malgré tout un signal qu’il serait difficile d’écarter.
145 témoignages ont été recueillis en cinq semaines.
Parmi eux, 120 décrivent des faits répétés.
62 mentionnent au moins un fait à caractère sexiste ou sexuel.
96 rapportent un impact sur la santé psychologique.
Et 20 concernent des faits datant de moins d’un an.
Le R.O.F. demande désormais que ces signalements soient examinés au-delà des établissements eux-mêmes.
Fin septembre, l’organisation indique que le dossier a été transmis à la DGOS après sa saisine de l’IGAS.
La prochaine étape sera donc la plus importante :
déterminer ce que les investigations institutionnelles permettront réellement d’établir, puis adapter les règles de formation si les lacunes signalées sont confirmées.
Pour les étudiants comme pour la profession, l’enjeu dépasse l’image de l’ostéopathie.
Il concerne une exigence beaucoup plus simple :
pouvoir apprendre un métier fondé sur le contact avec le corps dans un environnement où le respect du corps commence dès la formation.
Sources et références
- Registre des Ostéopathes de France - Témoignages dans les écoles d’ostéopathie : publication du pré-rapport (ouvre un site externe)
- R.O.F. - Pré-rapport « Signalements et dérives dans les écoles d’ostéopathie - Libérons la parole » (ouvre un site externe)
- R.O.F. - Communication sur la transmission du dossier à la DGOS (ouvre un site externe)
- Légifrance - Décret n° 2014-1043 du 12 septembre 2014 relatif à l’agrément des établissements de formation en ostéopathie (ouvre un site externe)
- Légifrance - Décret n° 2014-1505 du 12 décembre 2014 relatif à la formation en ostéopathie (ouvre un site externe)
Professionnels associés
Des métiers du bien-être souvent sollicités pour ce type de besoin, à explorer avant de chercher près de chez vous.
Trouver un professionnel près de chez vous
Indiquez votre ville pour découvrir les professionnels disponibles près de chez vous.