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stress anxieteStress & AnxiétéPsychothérapie

Publié le 30 septembre 2026 · 17 min de lecture

Kinésithérapeutes : ce que révèle l’enquête 2026 sur leurs conditions d’exercice

Plus de 9 000 kinésithérapeutes libéraux et salariés ont répondu à une nouvelle enquête nationale commandée par leur Ordre. Charge de travail, revenus jugés insuffisants, contraintes administratives, violences et épuisement professionnel ressortent comme des facteurs de tension majeurs.

Illustration éditoriale sur les conditions d’exercice, la charge de travail et les risques psychosociaux des kinésithérapeutes en France en 2026.

Sommaire

Les grandes étapes de ce guide.

  1. Pourquoi l’Ordre a-t-il relancé une enquête nationale ?
  2. Peut-on dire que la santé mentale de tous les kinés s’est dégradée ?
  3. Quels sont les principaux facteurs de tension identifiés ?
  4. Pourquoi la rémunération peut-elle devenir un facteur de risque psychosocial ?
  5. Les kinésithérapeutes travaillent-ils vraiment 50 ou 60 heures par semaine ?
  6. Pourquoi les jeunes kinés semblent-ils davantage exposés ?
  7. Qu’est-ce que le burnout chez un professionnel de santé ?
  8. Pourquoi l’empathie reste-t-elle un résultat important ?
  9. Quelle place prennent les violences dans l’enquête ?
  10. Pourquoi les kinés peuvent-ils être particulièrement exposés aux incivilités ?
  11. Est-ce que les difficultés sont les mêmes en libéral et chez les salariés ?
  12. Est-ce qu’un professionnel peut simplement réduire sa charge de travail ?
  13. Est-ce que des outils de bien-être peuvent aider les kinés eux-mêmes ?
  14. Quels dispositifs existent pour les kinés en difficulté ?
  15. Pourquoi les patients devraient-ils s’intéresser aux conditions de travail de leur kiné ?
  16. Les revenus des kinés ont-ils réellement baissé ?
  17. Pourquoi faut-il être prudent avec les comparaisons depuis 2018 ?
  18. Que change réellement l’enquête 2026 ?

Aller plus loin

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  • Approches et professionnels

Voir aussi : Stress & Anxiété

Que signifie exercer comme kinésithérapeute en France en 2026, au-delà de la relation avec les patients ?

Une nouvelle enquête nationale publiée le 16 juillet par le Conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes apporte une réponse assez préoccupante.

Plus de 9 000 kinésithérapeutes libéraux et salariés ont répondu à un questionnaire consacré à leurs conditions de travail, aux facteurs de stress auxquels ils sont confrontés et aux conséquences sur leur santé psychologique.

L’étude reprend, sept ans plus tard, le travail mené en 2018 par la même équipe de recherche.

Le constat général communiqué par l’Ordre est celui d’une progression de plusieurs indicateurs de mal-être.

Les facteurs mis en avant sont à la fois économiques, organisationnels et relationnels :

charge de travail importante, rémunération jugée insuffisante, horaires excessifs, poids administratif, sentiment de ne pas pouvoir exercer dans les conditions souhaitées, incivilités et violences.

Les professionnels les plus jeunes apparaissent davantage exposés à plusieurs de ces tensions.

Et les violences verbales sont loin d’être marginales : elles concernent près d’un kinésithérapeute libéral sur cinq et plus d’un salarié sur quatre au cours des six mois précédant l’enquête.

Le sujet ne concerne donc pas seulement la satisfaction professionnelle des praticiens.

Il interroge aussi les conditions dans lesquelles un professionnel peut rester disponible, attentif et engagé auprès de ses patients lorsqu’il travaille lui-même sous tension.

Pourquoi l’Ordre a-t-il relancé une enquête nationale ?

Une première étude avait été menée en 2018 à la demande du Conseil national de l’Ordre.

Elle avait permis de documenter les risques psychosociaux auxquels les masseurs-kinésithérapeutes étaient confrontés selon leur mode d’exercice.

À l’époque, deux analyses distinctes avaient été réalisées.

L’étude sur les kinésithérapeutes libéraux reposait sur 6 682 répondants.

L’étude consacrée aux salariés portait sur 871 personnes.

Ces travaux avaient mis en évidence une charge émotionnelle importante, plusieurs facteurs de stress liés à l’organisation du travail et, chez une partie des professionnels, des dimensions du burnout situées à des niveaux élevés.

À partir de ces résultats, l’Ordre avait développé plusieurs dispositifs d’accompagnement et de prévention.

Sept ans plus tard, il a choisi de reconduire l’enquête avec la même équipe afin d’observer l’évolution de la situation.

La nouvelle édition dépasse les 9 000 répondants, libéraux et salariés confondus.

Ce volume donne une matière considérable pour étudier les expériences professionnelles de la profession.

Il faut néanmoins garder en tête une limite importante : il s’agit d’une enquête par questionnaire auprès de professionnels répondants, pas du suivi longitudinal des mêmes personnes depuis 2018.

Peut-on dire que la santé mentale de tous les kinés s’est dégradée ?

Non, pas de manière aussi générale.

L’Ordre indique que plusieurs indicateurs de mal-être progressent par rapport à l’étude de 2018.

Cela signifie que les réponses recueillies dans la nouvelle enquête sont globalement moins favorables sur certains critères.

Mais il faut éviter plusieurs raccourcis.

Les répondants de 2026 ne sont pas nécessairement les mêmes que ceux de 2018.

La composition de la profession a évolué.

Le contexte économique et sanitaire a changé.

Et une enquête volontaire peut attirer davantage certaines catégories de professionnels que d’autres.

Les résultats constituent donc un signal national important.

Ils ne permettent pas de dire que chaque kinésithérapeute français va moins bien qu’il y a sept ans.

Cette nuance méthodologique ne réduit pas l’intérêt de l’étude.

Elle empêche simplement de transformer une enquête professionnelle en diagnostic individuel de toute une profession.

Quels sont les principaux facteurs de tension identifiés ?

L’Ordre met en avant plusieurs familles de difficultés.

La première concerne la charge de travail.

De nombreux professionnels décrivent des journées longues, un rythme soutenu et une difficulté à maintenir un équilibre satisfaisant entre activité professionnelle et vie personnelle.

La deuxième concerne la rémunération, en particulier chez les libéraux.

Les revenus sont décrits par une partie des répondants comme insuffisants au regard du temps, des charges et des investissements nécessaires à l’exercice.

Selon les éléments du rapport relayés dans la presse professionnelle, cette perception pousse certains praticiens à augmenter fortement leur amplitude horaire pour préserver un revenu jugé acceptable.

La troisième concerne les contraintes administratives et organisationnelles.

Facturation, télétransmission, gestion du cabinet, obligations réglementaires, coordination avec d’autres acteurs du parcours ou difficultés de communication peuvent s’ajouter au temps passé avec les patients.

Enfin, les relations avec les patients ou avec d’autres professionnels peuvent elles aussi devenir une source de tension.

Incivilités, agressivité, violences verbales et sentiment de manque de reconnaissance apparaissent dans les résultats.

Pourquoi la rémunération peut-elle devenir un facteur de risque psychosocial ?

Parce que le revenu d’un professionnel libéral dépend directement de son activité.

Lorsqu’un kinésithérapeute considère que la rémunération d’une séance ne couvre pas suffisamment son temps de travail, ses charges et son niveau d’investissement, plusieurs réponses sont possibles.

Il peut augmenter le nombre de patients.

Allonger ses journées.

Réduire certains temps non facturés.

Reporter des congés.

Ou accepter une diminution de revenu.

Aucune de ces options n’est neutre.

L’étude rapportée en 2026 fait justement apparaître une corrélation entre difficultés financières, charge de travail et débordement de la vie professionnelle sur la vie privée.

Cela ne signifie pas qu’un tarif donné provoque automatiquement un burnout.

Le mécanisme est plus complexe.

Mais une équation économique difficile peut créer une pression continue qui se répercute sur l’organisation du travail.

Pour un professionnel dont le métier repose sur la présence physique, l’attention et la répétition de gestes techniques, l’allongement permanent des journées possède forcément des limites.

Les kinésithérapeutes travaillent-ils vraiment 50 ou 60 heures par semaine ?

La communication officielle de l’Ordre parle d’horaires excessifs sans publier sur sa page de synthèse une durée moyenne nationale unique.

Des éléments détaillés du rapport relayés par la presse professionnelle évoquent cependant des professionnels travaillant 50 à 60 heures par semaine, et dans certains témoignages jusqu’à 70 heures, notamment pour maintenir un niveau de revenu jugé suffisant.

Il faut lire correctement ces chiffres.

Ils ne signifient pas que tous les kinésithérapeutes français travaillent 60 ou 70 heures.

Ils illustrent des situations présentes dans l’échantillon et décrites par certains professionnels.

Une moyenne nationale nécessiterait de connaître précisément la distribution des temps de travail dans l’ensemble du rapport.

La valeur éditoriale de ces témoignages est ailleurs.

Ils montrent comment une difficulté économique peut devenir une difficulté de santé au travail lorsque la principale variable d’ajustement devient le temps personnel du praticien.

Pourquoi les jeunes kinés semblent-ils davantage exposés ?

La synthèse publiée par l’Ordre indique que les professionnels les plus jeunes sont plus exposés à plusieurs facteurs de tension.

Plusieurs explications peuvent être envisagées.

Un jeune professionnel peut avoir moins de marge financière.

Il peut commencer son activité avec des frais d’installation ou un niveau d’épargne limité.

Il peut aussi disposer de moins d’expérience pour organiser son cabinet, poser des limites ou gérer certaines situations difficiles avec des patients.

Mais l’enquête elle-même ne permet pas de transformer ces hypothèses en causes certaines.

Il est également possible que les attentes professionnelles évoluent.

Les nouvelles générations accordent parfois davantage d’importance à l’équilibre de vie et acceptent moins certaines contraintes longtemps considérées comme normales dans les professions de santé.

Ce changement n’est pas nécessairement un manque de résilience.

Il peut aussi révéler plus clairement des conditions d’exercice qui étaient auparavant moins questionnées.

Qu’est-ce que le burnout chez un professionnel de santé ?

Le burnout, ou épuisement professionnel, ne correspond pas simplement au fait d’être fatigué après une grosse semaine.

Il décrit un processus associé à un stress professionnel chronique mal maîtrisé.

Il peut associer un épuisement émotionnel important, une prise de distance vis-à-vis du travail et une diminution du sentiment d’accomplissement ou d’efficacité.

Dans l’enquête 2026, l’épuisement professionnel est décrit comme ayant progressé par rapport à 2018.

Les résultats détaillés relayés dans la presse professionnelle indiquent notamment un score moyen d’épuisement supérieur à celui de la première étude.

Cela ne veut pas dire que la majorité des kinésithérapeutes sont en burnout clinique.

Un score d’enquête mesure un niveau de symptômes ou de dimensions du burnout.

Il ne remplace pas une évaluation individuelle.

C’est une distinction importante, car le terme burnout est souvent utilisé de manière très large dans le langage courant.

Pourquoi l’empathie reste-t-elle un résultat important ?

L’étude ne décrit pas uniquement des difficultés.

L’Ordre souligne que l’empathie reste un point fort de la profession.

C’est intéressant parce que l’épuisement professionnel peut parfois entraîner une forme de distanciation émotionnelle.

Chez certains soignants, se protéger psychologiquement peut conduire à devenir plus froid, plus mécanique ou moins disponible.

Le fait que l’empathie reste globalement préservée suggère que beaucoup de kinésithérapeutes continuent à investir fortement la relation thérapeutique malgré les tensions.

Mais cela peut aussi représenter une vulnérabilité.

Un professionnel très engagé émotionnellement peut absorber une partie importante des difficultés, attentes ou frustrations de ses patients.

L’empathie est une ressource.

Elle ne doit pas devenir une exigence sans limite qui oblige le praticien à supporter toutes les situations.

Quelle place prennent les violences dans l’enquête ?

La violence est l’un des résultats les plus concrets de la nouvelle enquête.

Au cours des six mois précédant le questionnaire, les violences verbales ont concerné près d’un kinésithérapeute libéral sur cinq et plus d’un salarié sur quatre.

Les violences physiques restent moins fréquentes.

Mais elles existent.

Ces données rejoignent d’autres signaux récents.

L’Ordre indique qu’en 2025, l’Observatoire national des violences en santé a enregistré 183 signalements de violences visant des kinésithérapeutes, contre 166 en 2024.

Cela représente une hausse de 10,24 % du nombre de signalements recensés.

Attention toutefois à ne pas confondre les deux sources.

L’enquête 2026 interroge directement les professionnels sur ce qu’ils ont vécu.

Les chiffres de l’Observatoire correspondent à des signalements enregistrés.

Un événement non signalé ne figure pas nécessairement dans la base administrative.

Les deux indicateurs sont donc complémentaires, pas interchangeables.

Pourquoi les kinés peuvent-ils être particulièrement exposés aux incivilités ?

Le kinésithérapeute travaille souvent dans une relation répétée avec le même patient.

Une prise en charge peut comporter plusieurs rendez-vous sur plusieurs semaines.

Cette proximité crée une relation thérapeutique riche, mais elle multiplie aussi les occasions de tension.

Retard.

Annulation.

Attentes divergentes.

Douleur persistante.

Mécontentement sur l’évolution.

Demandes qui dépassent le rôle du praticien.

Difficultés liées au remboursement ou à l’organisation.

Le professionnel travaille également au contact direct du corps.

La distance physique est faible.

Les frontières relationnelles doivent donc être particulièrement claires.

L’augmentation des incivilités dans les métiers de santé dépasse largement la seule kinésithérapie.

Mais le mode de travail des kinés peut rendre certaines situations particulièrement pesantes lorsqu’elles se répètent toute la journée.

Est-ce que les difficultés sont les mêmes en libéral et chez les salariés ?

Non.

Les deux modes d’exercice partagent certains problèmes, mais pas tous.

Un libéral doit gérer son activité économique, les charges, l’organisation du cabinet, les rendez-vous et une partie importante du travail administratif.

Sa rémunération dépend directement de son activité.

Un salarié peut être davantage exposé aux contraintes de planning, aux effectifs, à l’organisation institutionnelle, aux relations hiérarchiques ou à la charge imposée par l’établissement.

Les violences verbales sont d’ailleurs rapportées plus fréquemment chez les salariés dans la synthèse 2026.

En revanche, la question de la rémunération et des horaires liés à la viabilité économique du cabinet prend une forme spécifique chez les libéraux.

Parler des « conditions de travail des kinés » comme d’une réalité unique masquerait donc des situations assez différentes.

Est-ce qu’un professionnel peut simplement réduire sa charge de travail ?

Sur le papier, oui.

Dans la réalité, cela dépend de son modèle économique.

Un salarié ne choisit pas toujours son nombre de patients.

Un libéral peut théoriquement réduire ses horaires, mais cela signifie aussi diminuer ses recettes.

Lorsqu’un cabinet supporte un loyer, du matériel, des assurances, des logiciels, des cotisations sociales et d’autres charges fixes, réduire l’activité peut être difficile.

C’est justement ce qui transforme parfois une question d’organisation personnelle en problème structurel.

Le conseil « travaillez moins » peut être pertinent.

Il n’est pas toujours immédiatement applicable.

La prévention du burnout ne peut donc pas reposer uniquement sur des recommandations individuelles.

Elle doit aussi examiner ce qui, dans l’organisation ou l’économie de l’exercice, produit la surcharge.

Est-ce que des outils de bien-être peuvent aider les kinés eux-mêmes ?

Ils peuvent aider certains professionnels à récupérer, mieux repérer leur niveau de tension ou préserver des temps de coupure.

Activité physique adaptée, relaxation, méditation, soutien psychologique ou accompagnement entre pairs peuvent avoir une place selon les besoins.

Mais le raisonnement est le même que pour la souffrance au travail en général.

Une technique individuelle ne corrige pas un tarif insuffisant, une surcharge imposée, des violences répétées ou une organisation dysfonctionnelle.

Elle peut soutenir le professionnel.

Elle ne doit pas servir à rendre acceptable une situation qui ne l’est pas.

Pour un kinésithérapeute en difficulté, l’enjeu est donc d’identifier la nature du problème.

Est-ce une fatigue transitoire ?

Une difficulté de gestion ?

Un conflit ?

Une situation de violence ?

Un épuisement psychologique important ?

Une difficulté financière ?

La réponse utile dépend de cette distinction.

Quels dispositifs existent pour les kinés en difficulté ?

L’Ordre a développé plusieurs outils depuis la première enquête.

Il existe notamment un réseau de référents consacrés aux risques psychosociaux dans les conseils régionaux.

Un numéro d’écoute est accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Un dispositif d’entraide peut également apporter un accompagnement administratif, financier ou humain.

L’Ordre met par ailleurs à disposition un outil d’auto-évaluation du risque de burnout.

Ces dispositifs peuvent constituer une première porte d’entrée.

Mais ils ne remplacent pas nécessairement une prise en charge médicale ou psychologique lorsque la souffrance devient importante.

L’Ordre lui-même souligne d’ailleurs que son dispositif d’entraide ne peut pas résoudre les causes économiques et conventionnelles qui pèsent sur les professionnels.

Pourquoi les patients devraient-ils s’intéresser aux conditions de travail de leur kiné ?

Parce que la qualité d’une relation de soin dépend aussi des conditions dans lesquelles travaille le professionnel.

Un kinésithérapeute épuisé, pressé ou exposé en permanence à des tensions peut avoir plus de difficulté à maintenir le même niveau d’attention.

Cela ne signifie pas qu’un professionnel fatigué devient automatiquement dangereux ou moins compétent.

Mais la santé des professionnels constitue un enjeu de qualité et de sécurité des soins.

C’est d’ailleurs l’un des arguments mis en avant par l’Ordre.

Préserver les conditions d’exercice n’est donc pas uniquement défendre le confort d’une profession.

C’est aussi préserver la possibilité d’une prise en charge disponible, attentive et durable.

Les revenus des kinés ont-ils réellement baissé ?

Il faut distinguer perception et données économiques.

L’enquête 2026 indique clairement que la rémunération est vécue comme un facteur de tension important par une partie des répondants.

Cela ne signifie pas nécessairement que le revenu moyen de toute la profession baisse en euros constants sur chaque période.

La DREES a publié en septembre 2026 des données de revenus portant sur l’année 2021.

Pour les kinésithérapeutes libéraux étudiés, le revenu d’activité annuel moyen était alors de 51 100 euros, avec une progression moyenne de 1,4 % par an en euros constants entre 2017 et 2021.

Ces données ne contredisent pas nécessairement le ressenti exprimé dans l’enquête récente.

Elles ne portent pas sur la même période.

Elles donnent une moyenne de revenu, pas le nombre d’heures nécessaires pour l’obtenir.

Et elles ne mesurent pas directement l’évolution des charges ou du sentiment de rémunération par rapport à l’intensité du travail.

Une moyenne nationale peut progresser pendant que de nombreux professionnels estiment que le rapport entre temps de travail, contraintes et revenu se dégrade.

Pourquoi faut-il être prudent avec les comparaisons depuis 2018 ?

Parce qu’une enquête répétée n’est pas une cohorte.

Pour démontrer exactement comment la santé psychologique d’un même professionnel évolue sur sept ans, il faudrait suivre les mêmes personnes dans le temps.

Ici, on compare deux grandes enquêtes réalisées à des moments différents.

C’est extrêmement utile pour détecter des tendances.

Mais plusieurs changements peuvent influencer le résultat :

la structure d’âge de la profession ;

la proportion de libéraux et de salariés ;

le contexte post-Covid ;

les attentes professionnelles ;

les conditions économiques ;

ou la composition des personnes ayant choisi de répondre.

Il est donc raisonnable de parler de dégradation de certains indicateurs dans les enquêtes successives.

Il serait moins rigoureux d’affirmer que l’étude démontre exactement combien la santé mentale de chaque kinésithérapeute s’est détériorée.

Que change réellement l’enquête 2026 ?

Elle met à jour un sujet qui pouvait encore être présenté comme secondaire : la santé psychologique des professionnels eux-mêmes.

Avec plus de 9 000 réponses, les difficultés exprimées ne peuvent pas être réduites à quelques témoignages isolés.

La charge de travail reste centrale.

Les contraintes économiques prennent davantage de place.

L’administratif pèse sur l’exercice.

Les plus jeunes semblent davantage exposés à plusieurs facteurs de tension.

Et les violences verbales concernent une part importante des professionnels.

En même temps, l’étude montre que l’engagement relationnel reste fort.

L’empathie demeure un point positif de la profession.

C’est peut-être là que se situe le paradoxe principal.

Les kinésithérapeutes continuent largement à investir la relation avec leurs patients alors que certains indicateurs montrent que les conditions permettant de maintenir cet engagement se fragilisent.

Pour Holia, ce sujet rappelle qu’un professionnel du bien-être ou du soin n’est pas seulement une ressource pour les autres.

Il possède lui aussi des limites physiques, psychologiques, économiques et relationnelles.

Prendre soin des conditions d’exercice fait donc partie, indirectement, de la qualité de l’accompagnement proposé au public.

À retenir

Une nouvelle enquête nationale publiée en juillet 2026 par le Conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes a recueilli les réponses de plus de 9 000 professionnels libéraux et salariés, sept ans après une première étude conduite par la même équipe. L’Ordre rapporte une progression de plusieurs indicateurs de mal-être. Les principales tensions identifiées concernent la charge de travail, une rémunération jugée insuffisante, les contraintes organisationnelles et administratives, le sentiment de ne pas toujours pouvoir exercer dans les conditions souhaitées ainsi que les incivilités et violences. Les professionnels les plus jeunes apparaissent davantage exposés à plusieurs facteurs de tension. Au cours des six mois précédant l’enquête, les violences verbales concernaient près d’un kinésithérapeute libéral sur cinq et plus d’un salarié sur quatre. Les données ne doivent pas être interprétées comme une mesure parfaitement représentative de chaque kinésithérapeute français : il s’agit d’une enquête par questionnaire et les répondants de 2026 ne sont pas nécessairement les mêmes qu’en 2018. Elles fournissent néanmoins un signal national important sur l’évolution des conditions d’exercice. L’Ordre dispose aujourd’hui de référents risques psychosociaux, d’un numéro d’écoute 24h/24, d’un dispositif d’entraide et d’un outil d’auto-évaluation du burnout, tout en soulignant que ces aides ne peuvent pas résoudre à elles seules les difficultés économiques et organisationnelles de la profession.

Sources et références

  • Conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes - Conditions d’exercice des kinésithérapeutes, enquête nationale 2026 (ouvre un site externe)
  • Conseil national de l’Ordre - Enquête nationale sur les conditions de travail et la santé des kinésithérapeutes (ouvre un site externe)
  • Conseil national de l’Ordre - Étude 2018 sur les risques psychosociaux des kinésithérapeutes libéraux (ouvre un site externe)
  • Conseil national de l’Ordre - Étude 2018 sur les risques psychosociaux des kinésithérapeutes salariés (ouvre un site externe)
  • Conseil national de l’Ordre - Violences envers les kinésithérapeutes (ouvre un site externe)
  • DREES - Revenus des professionnels de santé libéraux hors médecins, données publiées en septembre 2026 (ouvre un site externe)
Luc Michault

À propos de l'auteur

Luc Michault · Fondateur de Holia

Luc Michault est le fondateur de Holia, développeur web et spécialiste SEO. Depuis plus de 14 ans, il conçoit des sites, applications et plateformes numériques en travaillant sur leur architecture technique, leur expérience utilisateur, leur organisation éditoriale et leur visibilité en ligne.

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