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Migraines chroniques : comprendre les crises, les déclencheurs et quand consulter
Aura, lumière, bruit, odeurs, fatigue, travail ou sorties : la migraine peut bouleverser le quotidien. Repères sur la migraine chronique, les facteurs déclenchants, le suivi médical et les accompagnements complémentaires.

La migraine chronique n'est pas simplement une migraine « forte » ou une succession de crises rapprochées.
La classification internationale ICHD-3 la définit par :
- des céphalées au moins 15 jours par mois ;
- pendant plus de trois mois ;
- dont au moins 8 jours par mois présentent les caractéristiques d'une migraine ou répondent à un traitement antimigraineux spécifique.
Cette définition est importante, car une personne qui a :
- deux crises très intenses par mois ;
- dix jours de migraine par mois ;
- vingt jours de céphalées de tension
ne se trouve pas nécessairement dans la même situation.
La migraine chronique est une forme de maladie migraineuse devenue très fréquente, avec un retentissement souvent majeur sur :
- travail ;
- sommeil ;
- vie sociale ;
- activité physique ;
- concentration ;
- qualité de vie.
Elle mérite une vraie prise en charge médicale, notamment parce qu'une surconsommation de médicaments de crise peut elle-même entretenir une céphalée chronique.
Qu'est-ce qu'une migraine ?
La migraine est une maladie neurologique caractérisée par des crises récurrentes.
La douleur est souvent :
- pulsatile ;
- modérée à sévère ;
- située d'un côté de la tête ;
- aggravée par les activités habituelles.
Elle peut être accompagnée de :
- nausées ;
- vomissements ;
- sensibilité à la lumière ;
- sensibilité au bruit.
Toutes les crises n'ont pas exactement le même profil.
Une migraine doit-elle forcément être unilatérale ?
Non.
La douleur peut être :
- d'un côté ;
- des deux côtés ;
- changer de côté d'une crise à l'autre.
Le diagnostic repose sur un ensemble de critères, pas sur un seul symptôme.
Qu'est-ce qu'une migraine avec aura ?
Chez certaines personnes, la crise est précédée ou accompagnée d'une aura neurologique transitoire.
Elle peut notamment provoquer :
- phénomènes visuels ;
- fourmillements ;
- troubles sensitifs ;
- difficulté transitoire à trouver certains mots.
Les symptômes apparaissent typiquement progressivement et sont réversibles.
Toute perturbation visuelle est-elle une aura ?
Non.
Une baisse brutale de vision, une faiblesse importante, un trouble neurologique nouveau ou inhabituel doivent être évalués médicalement.
Une personne migraineuse peut également avoir un AVC ou une autre maladie neurologique.
Un ancien diagnostic de migraine ne doit donc pas banaliser un symptôme nouveau.
Quelle différence entre migraine épisodique et migraine chronique ?
La distinction dépend surtout du nombre de jours de céphalée.
Migraine épisodique
La personne a moins de 15 jours de céphalée par mois.
Migraine chronique
Selon l'ICHD-3 :
- au moins 15 jours de céphalée par mois ;
- pendant plus de 3 mois ;
- dont au moins 8 jours avec caractéristiques migraineuses ou réponse à un triptan/ergoté.
Ce n'est donc pas le nombre de crises isolées qui compte seulement.
Chez certaines personnes, les épisodes deviennent tellement fréquents qu'il devient difficile de distinguer clairement :
- début ;
- fin ;
- type exact
de chaque journée douloureuse.
Pourquoi une migraine peut-elle devenir chronique ?
Il n'existe pas une seule cause.
Plusieurs facteurs sont associés au passage vers une fréquence élevée :
- fréquence initiale des crises ;
- surconsommation de traitements de crise ;
- troubles du sommeil ;
- obésité dans certaines études ;
- anxiété ou dépression ;
- stress important ;
- autres douleurs chroniques ;
- certains facteurs individuels.
Ces associations ne permettent pas de prédire parfaitement l'évolution.
Le « système nerveux devient-il hypersensible » ?
Des mécanismes de sensibilisation et de modification de la nociception sont étudiés dans la migraine chronique.
Mais le raccourci :
« votre système nerveux reste bloqué en hyperexcitabilité »
est trop simpliste.
La migraine implique notamment le système trigémino-vasculaire, des médiateurs comme le CGRP et plusieurs réseaux cérébraux.
Il vaut mieux parler d'une maladie neurologique complexe que d'un simple « état d'alerte ».
Les déclencheurs provoquent-ils réellement les crises ?
Certains facteurs peuvent favoriser une crise chez une personne migraineuse :
- manque de sommeil ;
- changement de rythme ;
- règles ;
- alcool ;
- jeûne ou repas décalé ;
- stress ;
- certains stimuli sensoriels.
Mais le concept de « déclencheur » est parfois trompeur.
Pourquoi ?
Parce que certains symptômes qui apparaissent avant la douleur peuvent être pris pour des déclencheurs.
Par exemple :
- fatigue ;
- envie de certains aliments ;
- raideur cervicale ;
- bâillements ;
- changement d'humeur.
Ils peuvent parfois faire partie de la phase prémonitoire de la migraine plutôt qu'être la cause de la crise.
Faut-il éviter tous les déclencheurs possibles ?
Non.
Une stratégie d'évitement excessif peut conduire à :
- restrictions alimentaires inutiles ;
- peur de sortir ;
- peur du sport ;
- hypervigilance ;
- vie de plus en plus limitée.
Il vaut mieux utiliser un agenda de migraine pour repérer des associations répétées chez vous.
Ameli recommande d'y noter notamment :
- date ;
- durée ;
- intensité ;
- médicaments pris ;
- effets du traitement ;
- facteurs associés ;
- retentissement.
Le stress est-il une cause majeure de migraine ?
Le stress peut favoriser certaines crises et modifier leur retentissement.
Mais il ne faut pas réduire la migraine à :
« un problème de stress ».
Une personne peut avoir des migraines pendant des périodes calmes.
Une autre peut traverser un stress important sans crise.
Le stress fait partie des facteurs possibles, pas de la définition de la maladie.
Le sommeil joue-t-il un rôle ?
Oui.
Les variations de sommeil peuvent être associées aux crises :
- nuit trop courte ;
- horaires très irréguliers ;
- sommeil plus long que d'habitude chez certaines personnes.
Une bonne stratégie est généralement de viser :
- horaires relativement réguliers ;
- sommeil suffisant ;
- prise en charge d'un trouble du sommeil réel s'il existe.
Faut-il dormir davantage dès qu'une migraine devient chronique ?
Pas nécessairement.
Une somnolence importante, des ronflements ou des pauses respiratoires observées peuvent orienter vers un trouble comme l'apnée du sommeil, qui mérite son propre bilan.
Les hormones peuvent-elles influencer la migraine ?
Oui.
Chez certaines femmes, les crises sont liées au cycle menstruel.
On parle notamment de migraine cataméniale lorsqu'elles surviennent de manière reproductible autour des règles.
Les décisions thérapeutiques peuvent alors inclure :
- traitement de crise adapté ;
- prévention autour des règles ;
- parfois stratégie hormonale selon le profil.
Migraine avec aura et contraception : pourquoi faut-il en parler au médecin ?
Ameli rappelle que la contraception estroprogestative est contre-indiquée chez les femmes ayant une migraine avec aura.
Le choix contraceptif doit donc tenir compte du type de migraine et des autres facteurs cardiovasculaires.
La migraine peut-elle provoquer des douleurs cervicales ?
Oui.
Une gêne ou une raideur du cou peut accompagner la migraine.
Elle peut même apparaître avant la douleur de tête.
Cela ne signifie pas forcément qu'une « cervicale bloquée » déclenche toutes les crises.
Comment éviter la confusion ?
Une vraie cervicalgie peut aussi coexister.
Voir : Cervicalgies chroniques.
Le diagnostic dépend du tableau global.
Pourquoi la lumière, le bruit ou les odeurs deviennent-ils difficiles à supporter ?
La photophobie et la phonophobie font partie des symptômes typiques de migraine.
Certaines personnes présentent également une forte sensibilité aux odeurs.
Ce ne sont pas seulement des « irritations sensorielles liées au stress ».
Elles font partie du phénotype neurologique de la crise.
Peut-on avoir une migraine sans nausée ?
Oui.
Les personnes ne présentent pas toutes :
- nausées ;
- vomissements ;
- aura.
Le diagnostic repose sur la combinaison des caractéristiques et l'histoire des crises.
Comment traite-t-on une crise ?
Le traitement dépend :
- de la sévérité ;
- des contre-indications ;
- de ce qui a déjà fonctionné.
Ameli cite notamment :
- AINS dans certaines situations ;
- aspirine associée à un anti-nauséeux dans certains cas ;
- triptans lorsque les crises sont modérées à sévères ou insuffisamment soulagées.
Le traitement doit être pris selon les conseils du médecin ou du pharmacien.
Pourquoi faut-il surveiller le nombre de jours de médicaments ?
Parce que la prise trop fréquente de traitements de crise peut favoriser une céphalée par surconsommation médicamenteuse.
L'ICHD-3 la définit chez une personne ayant une céphalée préexistante par :
- céphalées au moins 15 jours par mois ;
- surconsommation régulière de traitements de crise pendant plus de 3 mois.
Le seuil de surconsommation dépend du médicament :
- souvent 10 jours par mois pour certaines classes ;
- 15 jours pour d'autres.
Pourquoi Ameli conseille-t-il de rester sous 8 jours de prise par mois ?
Il s'agit d'une règle pratique de prévention destinée à éviter d'approcher les seuils de surconsommation.
Ameli recommande de comptabiliser le nombre de jours de prise, pas seulement le nombre de comprimés.
Une céphalée par surconsommation est-elle la même chose qu'une addiction ?
Non.
Une personne peut utiliser fréquemment un médicament simplement parce qu'elle a :
- de nombreuses crises ;
- un traitement de fond insuffisant ;
- peur de laisser la crise s'installer.
Le problème est surtout que l'utilisation répétée peut contribuer à maintenir la céphalée.
Il faut donc corriger la stratégie thérapeutique, pas culpabiliser la personne.
Quand un traitement de fond devient-il pertinent ?
Un traitement préventif peut être proposé selon :
- fréquence ;
- intensité ;
- retentissement ;
- inefficacité des traitements de crise ;
- risque de surconsommation.
L'objectif est de rendre les migraines :
- moins fréquentes ;
- moins intenses ;
- moins invalidantes.
Quels traitements de fond existent ?
Le médecin peut utiliser selon le profil :
- bêtabloquants ;
- topiramate ;
- amitriptyline ;
- autres traitements oraux ;
- traitements ciblant le CGRP ;
- toxine botulinique A dans la migraine chronique.
La toxine botulinique est-elle un traitement « esthétique » dans ce contexte ?
Non.
Dans la migraine chronique, elle est injectée selon un protocole médical spécifique au niveau de plusieurs sites de la tête et du cou.
Ameli indique qu'elle est utilisée chez des adultes souffrant de migraine chronique ayant échoué ou mal toléré certains traitements de fond oraux.
Que sont les traitements anti-CGRP ?
Le CGRP est un médiateur important dans la physiopathologie de la migraine.
Des traitements ciblent :
- le CGRP ;
- ou son récepteur.
Ils comprennent notamment :
- certains anticorps monoclonaux injectables ;
- certains médicaments oraux appelés gepants.
Ils sont réservés à des situations précises et prescrits par un neurologue selon les règles en vigueur.
Pourquoi le topiramate nécessite-t-il une vigilance particulière chez les femmes en âge de procréer ?
Parce qu'il expose à des risques importants pendant la grossesse.
Ameli rappelle les risques de :
- malformations ;
- troubles neurodéveloppementaux.
Sa prescription initiale est encadrée chez les adolescentes et femmes en âge de procréer.
Cette question doit être discutée avec le prescripteur, jamais gérée seule.
L'activité physique aide-t-elle à prévenir les migraines ?
Oui, elle fait partie des mesures recommandées.
Ameli conseille une activité d'endurance régulière et cite par exemple environ 2 h 30 par semaine d'activité comme :
- marche rapide ;
- vélo ;
- course
selon les capacités.
Il ne faut pas transformer cette recommandation en obligation rigide.
Une personne migraineuse doit adapter l'activité :
- à ses capacités ;
- à son état ;
- à ses déclencheurs individuels.
Faut-il modifier l'alimentation ?
Une alimentation :
- régulière ;
- équilibrée ;
- avec hydratation suffisante
est généralement recommandée.
Évitez surtout les restrictions massives basées sur des listes génériques de « déclencheurs migraine ».
Faut-il supprimer chocolat, café, fromage, gluten ?
Pas automatiquement.
Si un aliment semble systématiquement associé aux crises, vous pouvez l'observer dans l'agenda.
Mais une éviction prolongée sans signal clair peut :
- réduire inutilement la variété ;
- augmenter l'anxiété alimentaire.
La caféine est-elle bonne ou mauvaise ?
Cela dépend de :
- dose ;
- fréquence ;
- habitudes.
La caféine peut être présente dans certains traitements ou influencer certaines crises.
Une consommation importante et irrégulière peut aussi compliquer le tableau.
Si vous consommez beaucoup de caféine, évitez un arrêt brutal sans réflexion : le sevrage lui-même peut provoquer des céphalées.
Les techniques de relaxation ont-elles une place ?
Oui comme complément, surtout si le stress est un déclencheur fréquent ou augmente le retentissement.
Une sophrologue ou un sophrologue peut proposer :
- relaxation ;
- respiration ;
- gestion du stress.
Cela ne remplace pas :
- diagnostic ;
- traitement de crise ;
- prévention médicamenteuse lorsqu'elle est indiquée.
Quand un psychologue peut-il aider ?
Une migraine chronique peut conduire à :
- anxiété anticipatoire ;
- peur d'une crise au travail ;
- évitement ;
- isolement ;
- humeur dépressive.
Un psychologue peut intervenir sur ce retentissement.
La TCC peut notamment aider à travailler :
- anxiété ;
- comportements d'évitement ;
- stratégies d'adaptation.
Cela ne signifie pas que la migraine est « psychologique ».
L'acupuncture peut-elle être testée ?
L'acupuncture dispose de données dans certaines douleurs et céphalées, mais son intérêt dépend de l'indication et du contexte.
Elle ne remplace pas un traitement neurologique adapté.
Voir : Acupuncture et douleurs persistantes.
En France, vérifiez la qualification médicale réelle du praticien.
L'ostéopathie peut-elle corriger « la cause cervicale » d'une migraine ?
Il faut être prudent.
Une personne peut ressentir un soulagement après une approche manuelle si elle a aussi une gêne cervicale.
Mais cela ne démontre pas qu'une vertèbre mal positionnée provoquait la migraine.
La migraine est une maladie neurologique.
Un ostéopathe peut être envisagé pour un objectif musculosquelettique complémentaire, pas comme traitement causal universel de la migraine.
Quand faut-il consulter rapidement ?
Même chez une personne migraineuse connue, consultez rapidement si le mal de tête :
- devient nettement différent ;
- s'aggrave progressivement ;
- ne répond plus comme d'habitude ;
- s'accompagne de baisse de vision ;
- s'accompagne de symptômes neurologiques inhabituels ;
- apparaît dans un nouveau contexte médical.
Quand appeler le 15 ou le 112 ?
Ameli recommande un appel urgent notamment si le mal de tête :
- est brutal, violent et maximal d'emblée ;
- s'accompagne de paralysie ou faiblesse brutale ;
- provoque troubles de la parole ou confusion ;
- survient avec crise d'épilepsie ;
- apparaît après traumatisme crânien violent ;
- s'accompagne de fièvre, raideur de nuque et dégradation de l'état général ;
- s'accompagne soudainement de douleurs oculaires fortes et vision floue.
Une « migraine habituelle » n'est jamais une explication automatique pour un tableau nouveau.
Quand consulter un neurologue ?
Le médecin traitant peut orienter vers un neurologue lorsque :
- le diagnostic est incertain ;
- les crises sont très fréquentes ;
- la migraine devient chronique ;
- plusieurs traitements de fond échouent ;
- une stratégie spécialisée est nécessaire.
Le neurologue peut notamment discuter :
- anti-CGRP ;
- toxine botulinique ;
- adaptation des traitements ;
- diagnostic différentiel.
Comment préparer la consultation ?
Tenez un agenda pendant plusieurs semaines.
Notez chaque jour :
- présence ou non de céphalée ;
- caractéristiques migraineuses ;
- intensité ;
- durée ;
- médicament pris ;
- jour de prise ;
- menstruations si pertinent ;
- sommeil ;
- retentissement.
Ce calendrier permet surtout de répondre à trois questions :
- combien de jours de céphalée ?
- combien de jours de migraine ?
- combien de jours de médicaments ?
Pour une suspicion de migraine chronique, ces trois chiffres sont fondamentaux.
Comment mesurer si le traitement fonctionne ?
Ne regardez pas seulement :
« ai-je encore des migraines ? »
Suivez aussi :
- nombre de jours de migraine ;
- nombre de jours de céphalée ;
- intensité ;
- jours de médicaments ;
- capacité à travailler ;
- sorties annulées ;
- sommeil.
Ameli indique qu'une diminution de plus de 50 % du nombre de crises peut être utilisée comme repère d'efficacité d'un traitement de fond.
Comment utiliser Holia en complément ?
Le médecin traitant et le neurologue restent au centre de la prise en charge d'une migraine chronique.
Holia peut compléter le parcours lorsqu'un besoin particulier existe :
- psychologue pour anxiété, évitement ou retentissement psychologique ;
- sophrologue pour relaxation et gestion du stress ;
- ostéopathe pour une gêne musculosquelettique associée, sans promesse de traiter la migraine elle-même.
Vous pouvez aussi chercher un praticien près de chez vous.
Sources et références
- ICHD-3 - Chronic migraine (ouvre un site externe)
- ICHD-3 - Medication-overuse headache (ouvre un site externe)
- Assurance Maladie - Migraine : symptômes, facteurs déclenchants et évolution (ouvre un site externe)
- Assurance Maladie - Que faire et quand consulter en cas de migraine ? (ouvre un site externe)
- Assurance Maladie - Migraine : consultation médicale et traitement (ouvre un site externe)
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